Charges sociales et impôts en EURL : ce qu'il faut vraiment savoir en 2026/2027

L'EURL est souvent présentée comme une alternative à la micro-entreprise pour les indépendants qui veulent limiter leur responsabilité et déduire leurs charges réelles. Ce qu'on explique moins souvent, c'est que la fiscalité de l'EURL est fondamentalement différente de celle de la SASU, son concurrent le plus fréquent, et que cette différence peut représenter plusieurs milliers d'euros par an selon votre niveau de revenus et votre stratégie de rémunération.
Ce guide détaille précisément les charges sociales, les régimes d'imposition et les leviers d'optimisation disponibles en EURL en 2026, avec des exemples chiffrés qui permettent de comparer les situations réelles.
Le statut du gérant d'EURL : TNS, pas assimilé salarié
C'est la différence structurelle la plus importante entre l'EURL et la SASU. Le gérant associé unique d'une EURL est un Travailleur Non Salarié (TNS), affilié au régime SSI (Sécurité Sociale des Indépendants). Il ne se verse pas un "salaire" au sens technique du terme mais une rémunération, et ses cotisations sociales suivent un régime distinct de celui d'un salarié ou d'un assimilé salarié (statut du président de SASU).
Cette distinction a trois conséquences majeures.
Les cotisations sociales sont calculées sur la rémunération nette et non sur le brut. Le taux global de cotisations TNS (assurance maladie, retraite de base et complémentaire, allocations familiales, CSG-CRDS, formation professionnelle) représente environ 40 à 45% de la rémunération nette selon le niveau de revenus. Pour 30 000 euros de rémunération nette versée, les cotisations sociales dues sont d'environ 12 000 à 13 500 euros.
Il existe des cotisations minimales en EURL à l'IS même sans rémunération. Contrairement à un président de SASU qui ne paie de charges sociales que s'il se verse un salaire, un gérant TNS paie des cotisations minimales dès lors que son EURL est à l'IS, même s'il ne se verse aucune rémunération. Ces cotisations minimales couvrent la retraite de base et l'assurance maladie, et représentent environ 1 000 à 1 200 euros annuels selon les années.
La protection sociale est moins étendue qu'en SASU. Pas d'assurance chômage, une retraite complémentaire moins généreuse pour les mêmes niveaux de cotisation, et des indemnités journalières maladie soumises à des conditions de durée d'activité préalable. En contrepartie, les cotisations sociales sont significativement moins élevées qu'en SASU pour un niveau de rémunération équivalent.
Les cotisations sociales TNS : calcul et taux détaillés
Les cotisations sociales d'un gérant TNS d'EURL ne se résument pas à un taux unique de 45%. Elles se composent de plusieurs lignes avec des bases de calcul distinctes.
Assurance maladie-maternité : taux variable de 0,5% à 6,5% selon le niveau de revenus, avec une cotisation minimale.
Retraite de base : 17,75% dans la limite du plafond annuel de la Sécurité Sociale (PASS), puis 0,6% au-delà.
Retraite complémentaire : 7% jusqu'à 37 960 euros de revenus, puis 8% entre 37 960 et 151 840 euros.
Invalidité-décès : environ 1,3% des revenus.
Allocations familiales : 0% jusqu'à 110% du PASS, puis 3,1% au-delà.
CSG-CRDS : 9,7% des revenus professionnels.
Formation professionnelle : 0,25% des revenus.
Sur un revenu net de 40 000 euros, le total de ces cotisations représente environ 16 000 à 17 000 euros. Sur un revenu de 60 000 euros, environ 22 000 à 24 000 euros. Le taux marginal de cotisations diminue proportionnellement avec la hausse des revenus au-delà du PASS, ce qui rend l'EURL relativement plus avantageuse que la SASU pour les hauts revenus de rémunération.
L'imposition des bénéfices : IR par défaut, IS en option
L'EURL est soumise à l'impôt sur le revenu par défaut. C'est l'inverse de la SASU qui est soumise à l'IS par défaut et peut opter pour l'IR.
L'EURL à l'IR
À l'IR, la totalité du bénéfice de l'EURL est imposée dans la déclaration personnelle du gérant associé, dans la catégorie BIC (Bénéfices Industriels et Commerciaux) ou BNC selon l'activité. Le bénéfice s'additionne à vos autres revenus et est soumis au barème progressif de l'IR.
L'inconvénient majeur de l'IR pour une EURL est le cumul. Vos cotisations TNS sont calculées sur votre bénéfice (et non sur votre rémunération comme en EURL à l'IS). Avec 80 000 euros de bénéfice en EURL à l'IR, vous payez des cotisations TNS sur l'intégralité de ces 80 000 euros, plus l'IR sur le résidu après cotisations. La charge totale peut dépasser 55 à 60% du bénéfice selon votre situation fiscale personnelle.
L'IR peut être intéressant pour une EURL en démarrage avec de faibles bénéfices (tranches basses du barème) ou quand le gérant a par ailleurs des déficits ou des charges déductibles personnellement.
L'EURL à l'IS
L'option pour l'IS transforme le fonctionnement fiscal de l'EURL : le bénéfice de la société est imposé à l'IS (15% jusqu'à 42 500 euros de bénéfice, 25% au-delà), et le gérant n'est personnellement imposé que sur sa rémunération et les dividendes qu'il se verse.
C'est la configuration la plus courante pour les EURL dont le chiffre d'affaires dépasse 60 000 à 80 000 euros, parce qu'elle permet de maîtriser la base de cotisations sociales (limitée à la rémunération versée, pas à la totalité du bénéfice) et d'arbitrer entre rémunération et réserves en société.
L'option pour l'IS est irrévocable après 5 exercices. Elle ne peut pas être exercée si l'EURL est déjà soumise à l'IS depuis sa création. Consultez notre article dédié sur l'EURL à l'IS ou à l'IR pour le détail des calculs comparatifs.
La TVA en EURL en 2026/2027
La TVA en EURL suit les mêmes règles que pour toute entreprise assujettie. Tant que votre CA reste sous les seuils de franchise en base, vous n'êtes pas assujetti et vous ne facturez pas la TVA.
Les seuils actualisés 2026 pour la franchise en base de TVA : 37 500 euros pour les activités de prestations de services, 85 000 euros pour les activités commerciales (vente de marchandises).
Au-delà de ces seuils, votre EURL est assujettie à la TVA. Vous collectez la TVA sur vos ventes, vous la récupérez sur vos achats professionnels et vous déclarez et reversez la différence mensuellement ou trimestriellement.
Pour les e-commerçants et les prestataires digitaux en EURL, l'assujettissement à la TVA peut être une opportunité plutôt qu'une contrainte : vous récupérez la TVA sur vos achats de logiciels, de matériel et de services professionnels (y compris les abonnements SaaS étrangers via autoliquidation), ce qui améliore votre trésorerie réelle.
Les dividendes en EURL : pourquoi la stratégie ne fonctionne pas ?
C'est le point qui surprend le plus les créateurs d'EURL qui ont entendu parler de l'optimisation par les dividendes en SASU. En EURL, cette stratégie est quasiment inopérante pour une raison précise.
En SASU, les dividendes versés à l'associé unique sont soumis au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 30%, sans cotisations sociales. C'est cet avantage qui rend l'arbitrage salaire/dividendes intéressant en SASU.
En EURL, les dividendes versés au-delà de 10% du capital social sont assujettis aux cotisations sociales TNS au même titre que la rémunération. Avec un capital social standard de 1 000 euros, la franchise de 10% est de 100 euros. Dès le 101ème euro de dividendes, vous payez des cotisations TNS dessus.
Concrètement : 10 000 euros de dividendes versés en EURL génèrent environ 4 000 à 4 500 euros de cotisations sociales plus l'IR sur le net. En SASU, les mêmes 10 000 euros de dividendes génèrent seulement 3 000 euros d'impôt (PFU 30%), sans cotisations sociales. L'écart est de 1 000 à 1 500 euros sur cette seule opération.
La seule façon de contourner partiellement cette limitation est de capitaliser fortement votre EURL dès la création. Avec un capital social de 50 000 euros, la franchise de 10% permet de distribuer 5 000 euros de dividendes sans cotisations sociales. Mais peu d'indépendants disposent de ce capital à l'immatriculation.
Les leviers d'optimisation fiscale réels en EURL
Malgré les limitations sur les dividendes, l'EURL à l'IS offre des leviers d'optimisation sérieux.
Maximiser les charges déductibles pour réduire le bénéfice imposable à l'IS
Toutes les dépenses engagées dans l'intérêt de la société et justifiées par des factures sont déductibles du résultat imposable à l'IS. Pour un freelance, un consultant ou un e-commerçant, cela inclut les abonnements aux outils professionnels (logiciels, plateformes, SaaS), le matériel informatique, les frais de formation et de développement professionnel, les frais de déplacement professionnels, une quote-part des frais de home office (loyer, électricité, internet) si vous travaillez depuis votre domicile, les cotisations à des organismes professionnels, et les honoraires d'expert-comptable.
Chaque euro de charge déductible supplémentaire réduit votre IS de 15 à 25 centimes selon votre tranche. Sur 10 000 euros de charges déductibles, l'économie fiscale est de 1 500 à 2 500 euros d'IS.
Le PER du gérant TNS : déduction des cotisations retraite
Les versements sur un Plan d'Épargne Retraite (PER) individuel sont déductibles du revenu imposable du gérant TNS dans la limite d'un plafond annuel spécifique (10% du bénéfice imposable, dans la limite de 8 PASS, plus 15% entre 1 et 8 PASS pour les TNS). Ce plafond est significativement plus favorable que celui d'un salarié.
Pour un gérant dont le revenu TNS est de 60 000 euros, le plafond de déduction PER peut atteindre 15 000 à 20 000 euros annuels. Ces versements réduisent directement votre IR personal et, s'ils sont versés depuis la société, réduisent également le bénéfice imposable à l'IS.
La mutuelle et la prévoyance Madelin
Les cotisations versées dans le cadre de contrats Madelin (mutuelle santé, prévoyance, retraite complémentaire) sont déductibles du revenu professionnel du gérant TNS dans les limites légales. Ces contrats permettent de couvrir des risques que le régime TNS couvre moins bien qu'un salarié (prévoyance incapacité, complémentaire santé) tout en générant une déduction fiscale.
L'amortissement des investissements
Si votre EURL investit dans du matériel, des véhicules ou des actifs immobilisés, ces investissements ne sont pas déduits en totalité l'année d'achat mais amortis sur leur durée d'utilité. L'amortissement réduit votre bénéfice imposable à l'IS chaque année sur la durée de l'amortissement. Cette mécanique lisse votre charge fiscale dans le temps et peut permettre d'anticiper un investissement utile avant la clôture d'un exercice particulièrement bénéficiaire.
EURL ou SASU : l'arbitrage résumé
La question revient en permanence et mérite une réponse directe. L'EURL est généralement plus avantageuse dans deux situations : quand votre rémunération sera modeste (sous 30 000 euros annuels), parce que les cotisations TNS sont proportionnellement moins lourdes que les charges patronales et salariales d'un président de SASU non rémunéré ; et quand vous voulez laisser le maximum de bénéfices dans la société à l'IS sans vous verser de rémunération importante, parce que les cotisations minimales TNS sont faibles en l'absence de rémunération.
La SASU est plus avantageuse pour les rémunérations moyennes à élevées (à partir de 40 000 euros annuels) grâce à l'arbitrage salaire/dividendes, et pour les entrepreneurs qui veulent une protection sociale plus complète ou qui anticipent l'entrée d'investisseurs.
Excilio accompagne les créateurs d'EURL et de SASU sur le choix du statut et la structuration fiscale de leur rémunération depuis la création. Nous réalisons des simulations comparatives personnalisées pour identifier la structure la plus avantageuse selon votre situation et vos objectifs.



